Minecraft, un jeu d’enfant

Minecraft était le passe-temps du programmateur suédois Markus ‘Notch’ Persson. Ce dernier espérait que les ventes du jeu lui feraient gagner l’équivalent du salaire d’un programmateur, un espoir bien modeste si l’on en croit la tournure des événements. Fin 2011, Mojang, la startup de M. Persson possédait neuf employés et présentait un chiffre d’affaires de 540 millions de SEK (couronnes suédoises), soit 61 millions d’euros (EUR).

Du fait de sa simplicité admirable (il s’agit d’un jeu de Lego numérique), un enfant de quatre ans peut aussi bien s’amuser qu’un adulte qui en aurait 24. La compréhension et la réalisation des mécanismes sous-jacents aux jeux font la force des développeurs suédois.

Mojang est le développeur arrivé de nulle part qui, en un temps record, a créé un jeu devenu par la suite un phénomène culturel et socio-économique. Uniquement vendu en ligne, Minecraft a permis à Mojang d’atteindre un profit record de 325 millions de SEK en 2013.

Bureau de Mojang : là où la magie opère

Le Bureau de Mojang est le résultat d’une belle alchimie lorsqu’un un groupe de jeunes hommes (et des femmes) s’attèlent à transformer l’idée qu’ils se font du divertissement en un phénomène commercial de portée mondiale. L’espace de travail est ouvert et détendu : pas d’accueil, une cuisine bien approvisionnée, un espace ouvert doté d’un billard, de gros fauteuils et des canapés en cuir, enfin, un théâtre, indispensable dans chaque environnement de travail.

La salle de conférences ressemble sensiblement à l’endroit où les méchants prévoient de dominer le monde dans les tous premiers films de James Bond. Il manque juste le public et les caméras de studio. Il faut dire que la salle elle aurait pu servir de décor pour une série américaine glossy. Ici, la Théorie du Big Bang rencontre la série 30 Rock.

Une structure horizontale et peu de directeurs

Lydia Winter, alias Minecraftchick, est la « directrice du divertissement » de Mojang venue de Floride. Un titre d’emploi qui incarne l’esprit non conventionnel et libre qui anime l’industrie des jeux en plein essor de la Suède. Avec une description de poste allant de l’organisation et de la participation à des événements, en passant par l’apparition dans les livestreams de Mojang, à la gestion de la marque et à l’apport simple d’idées, Lydia travaille à Mojang depuis 2011.

En tant qu’Américaine présente au cœur de l’un des géants de l’industrie des jeux, Mme Winters est bien placée pour expliquer comment la Suède est devenue une si grande puissance mondiale en matière de jeux vidéos. « Je pense que c’est essentiellement dû à la structure des entreprises ici notamment celles où tous les employés sont jeunes », affirme-t-elle. «  La structure est beaucoup plus horizontale que celle des entreprises aux Etats-Unis, sans hiérarchie et seulement quelques directeurs. Cela permet de créer un environnement très ouvert favorisant le partage d’un tourbillon d’idées et de contributions et donne lieu à une atmosphère créative. Ajoutez à cela, un esprit d’entreprise solide et vous obtenez l’environnement parfait pour que ce genre de sociétés puisse démarrer et avoir du succès.

Férus d’informatique

Pour Mme Winters, le savoir-faire des Suédois en matière d’informatique est également un facteur de succès. « Les gens sont à l’aise avec les ordinateurs dès leur plus jeune âge dans ce pays », dit-elle, « La plupart des gars ici qui travaillent à Mojang, connaissent le codage depuis leur enfance ».

Et de se demander si l’hiver suédois n’y est pas pour quelque chose. « Lorsque vous passez 40 % de votre temps en plus à l’intérieur que vous ne le feriez, disons, en Floride, ça doit être bon pour la créativité. »

Mme Winter avait travaillé pour Mojang pendant une année avant d’emménager à Stockholm. On pourrait supposer que cela a été difficile pour quelqu’un qui est habitué au climat subtropical de la Floride. Va-t-elle donc y rester ? « Oui, absolument. », répond-elle, « En fait, je vais demander la nationalité suédoise ».